L'aventure près de chez vous : à vélo, à pieds, en van, en kayak

Maïwenn et François, le tour du monde en stop

1. Pourquoi vous vous êtes orientés vers cette façon de voyager ?
Plusieurs raisons :
— écologique : on est très sensibles à la préservation de l’environnement, et pour nous le voyage devait être pensé de façon à être le moins impactant possible. À partir de là, “au revoir l’avion” ! On a cherché comment voyager durable, et l’autostop et le bateau stop sont rapidement devenus des évidences.
— aventure : quelle sensation de lâcher prise et de challenge que de faire du stop ! On ne sait pas où on sera le soir, ni même si on arrivera à quitter la ville, qui on rencontrera, par où on passera… ça demande un peu de souplesse et d’adaptabilité, mais c’est vraiment excitant.
— économique : le transport prend une part très importante dans le budget des tourdumondistes. Faire du stop c’est aussi alléger son budget.
— les rencontres : tout le monde te le dira, la meilleure partie du stop c’est les multiples rencontres, les échanges avec des gens si différents qui acceptent de te faire confiance et d’ouvrir leur quotidien à une inconnue. C’est très enrichissant !

2. Quelles étaient les motivations ? Et les peurs ?
Les raisons pour lesquelles on est parti en stop sont également nos motivations. Être libres, sans contraintes de temps où d’argent et rencontrer des gens.
Pour les peurs la première était que ça ne marche tout simplement pas. Rester bloqué, sans solution dans un endroit paumé par exemple. Ou sur une île en bateau stop !
En bateau stop, le risque est plus grand. On avait un peu peur de se retrouver coincés sur un bateau avec un capitaine qu’on avait mal jugé et avec qui on ne s’entend pas, ou bien sûr un bateau en mauvais état.
Mais on a rapidement mis ces peurs au placard : si on commence à penser ainsi, on ne trouve pas la motivation pour faire du stop. Il faut y croire à fond pour que ça se réalise. On a donc misé sur notre instinct et surtout sur la bienveillance humaine. Il faut laisser sa chance à la chance et provoquer les bonnes surprises.

3. Parlez-nous de votre voyage, le parcours, les capitaines qui vous ont accueillis…
Nous avons commencé notre aventure en bateau stop en Floride à Fort Lauderdale après 3 mois de voyage en cargo et auto-stop au Canada et aux USA.
Le premier capitaine nous a offert la chance de naviguer. C’était Tim, un kiné californien tout juste à la retraite et qui se lançait dans l’aventure de la navigation avec son labrador Wilson, sur son Beneteau de 36 pieds. Avec lui nous avons navigué le long des côtes de la Floride jusqu’à l’extrême sud, fait des réparations et après 1 mois de cabotage avec beaucoup de moteur et peu de voiles à notre goût aventureux, nous avons traversé le Gulf Stream pour arriver aux Bahamas. Après 2 semaines à naviguer d’îles en îles tout en réparant les inévitables problèmes qui surviennent sur un voilier et en nageant avec les poissons et tortues, nous arrivons à Nassau, la capitale.
Là nous quittons Tim avec un pincement mais heureux de poursuivre vers de nouvelles aventures ! Rodés à la recherche de capitaines nous parcourons les marinas, passons de bateau en bateau pour discuter et expliquer notre projet. Le soir même nous rencontrons Johnny et Vanita, respectivement capitaine de 35 ans et propriétaire de 60 ans d’un magnifique voilier de 44 pieds. Nous discutons, trinquons et le lendemain nous voilà partis pour un nouveau chapitre de notre voyage en bateau stop. Avec eux nous avons navigué dans les Bahamas, séjourné en République dominicaine, été refusé de Puerto Rico et débarqué mi-mars aux Îles vierges britanniques. Avec eux ce fut navigation à la voile quasi exclusivement, plein d’apprentissages, des moments fort de gestion de crise, des sessions musiques à n’en plus finir.
La crise sanitaire nous a séparé, et nous sommes restés 2 mois confinés sur Tortola, la principale île de cet archipel.
Comme nous ne voulions pas rentrer avec un avion de rapatriement et continuer l’aventure, nous avons cherché un voilier qui rentrait en Europe. C’est Eamonn, capitaine d’un splendide 2 mats de 18m qui avait besoin d’équipiers, qui nous a fait confiance pour cette transatlantique retour. Un capitaine surdiplômé, très attentif à la sécurité et au bien-être des équipiers, c’est parfait pour une telle navigation. Avec un autre couple, c’est à 5 que nous avons, en 30 jours sans voir la Terre, vécus des moments incroyables. Quarts de nuits sous les étoiles, voir des baleines plusieurs fois, naviguer entre les éclairs, cuisiner dans un décor penché
C’est fin juin que nous arrivons en Irlande, fatigués et heureux de mettre le pied sur la Terre ferme mais tellement reconnaissants de cette aventure humaine, physique et mentale !

4. Ton plus beau souvenir ?
Difficile de répondre à cette question ^^ Tous les voyageurs et les voyageuses gardent de nombreux souvenirs marquants. Je pense quand même au moment où notre 1er capitaine nous a accueilli à bord de son navire
Après des recherches assidues en ligne depuis la nouvelle Orléans, s’être renseignés sur les lieux les plus propices pour faire du bateau stop, des fausses joies, une recherche active dans les marinas de Fort Lauderdale en sortant beaucoup de notre zone de confort, des annonces affichées partout où on pouvait… Enfin quelqu’un nous dit oui, nous ouvre son chez lui et nous fait confiance. La 1ere nuit dans une petite cabine, collés l’un à l’autre, bercé par le clapotis des vaguelettes sous le bateau au corps-mort, observer la ville aux buildings depuis l’eau. L’espoir. Tout simplement la consécration de l’espoir et de la détermination. Une grande joie, un profond bonheur nous a bercé ce soir-là…

5. Comment tu t’es organisé pour l’eau et la nourriture ?
En bateau-stop, il y a plusieurs façons de participer, et sur les tâches quotidiennes et financièrement.
Nos 3 expériences ont été différentes, et donc la gestion de l’eau et de la nourriture aussi.
Avec les deux premiers bateaux, nous avons partagé les frais en nous aidant de Tricount. On faisait les courses chacun notre tour lors de nos escales ou on se remboursait (escales fréquentes plutôt sous forme de cabotage entre les USA et les îles caribéennes). On achetait pour 1 semaine de nourriture max à chaque fois et mangions de temps en temps au resto (douce époque que l’avant covid !). Pour l’eau, nous avions une réserve que l’on remplissait dans les marinas. On s’en servait pour boire et faire à manger, mais on faisait la vaisselle à l’eau de mer et nous douchions à terre quand on pouvait ou en nous baignant
Pour la transatlantique vers l’Europe, nous avions préparé une liste de course longue comme deux bras, pour tenir au moins 45 jours en mer sans toucher terre. Liste à laquelle le capitaine a ajouté de quoi tenir encore 1 mois de plus, pour être bien sûr ! Il a fait les courses seul en galérant à Antigua pendant le confinement et a voulu tout payer (une somme astronomique car nous étions 5 et tout est cher sur une île…). Pour l’eau, nous avions une grande réserve et surtout un désalinisateur. J’étais en charge de le lancer chaque jour dès que l’on avait du soleil pour compléter notre réserve. Autant vous dire qu’on a pris peu de douches en 30 jours

6. Les indispensables dans ton sac
Les indispensables dans notre sac : rien n’est vraiment indispensable… sauf la légèreté pour pouvoir bouger facilement et rapidement si besoin. Le stop demande d’être mobile. Un feutre pour l’auto-stop c’est quand même pas mal ! Et de quoi de protéger de la pluie. Le reste c’est en nous !

7. Des difficultés ? Quelles solutions ?
Une difficulté basique, c’est celle de trouver un bateau pour aller à peu près là où on veut… Mais plein de solutions pour y remédier ! Se renseigner sur les routes maritimes et les périodes idéales (selon les vents et la météo), utiliser les outils numériques comme les sites spécialisés pour le bateau-stop (crewbay, bourse aux équipiers, find a crew, vogue avec moi…) ou les groupes Facebook, oser, oser rentrer dans les marinas, passer de pontons en pontons, discuter, ne pas attendre que ça arrive, aller à la rencontre simplement… Et être flexible, accepter que les plans changent, accepter de changer de destination parfois aussi. Une autre difficulté peut être la relation aux autres dans des espaces clos, avec des gens qui nous font confiance, à qui on fait confiance mais qu’on ne connaît pas. Ça peut être génial comme ça peut être complexe voire dangereux au pire. Alors essayer au max d’écouter son instinct et sinon accepter de s’être trompé et parfois faire machine arrière si c’est trop difficile. Ça sera une expérience quand même et un apprentissage pour la suite !

8. 3 conseils pour qui veut se lancer dans cette aventure !
1) Se renseigner un minimum avant (routes maritimes, arrangements possibles, rôle de l’équipier, mal de mer…) et pourquoi pas monter sur un bateau si on ne l’a jamais fait !
2) Se préparer aux changements, aux arrêts nécessaires pour des réparations, accepter que l’imprévisible fasse partie du voyage. Et donc avoir du temps, prendre du temps.
3) Y croire ! Croire en vous et en l’être humain. Souriez, osez et le monde s’ouvrira ! Et c’est encore mieux quand c’est par voie maritime ^^

 

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“Voyager c’est grandir. C’est la grande aventure qui laisse des traces dans l’âme.” Marc Tiercelin

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